Si tu voyages un peu pendant ta vie, ne serait-ce qu’une année pendant laquelle tu n’as plus d’appartement et que tu dors à l’hôtel en décidant le lendemain où tu dormiras le jour d’après, alors la malédiction du voyageur risque de s’abattre sur toi.

La malédiction du voyageur, elle va changer à tout jamais la façon dont tu réagis aux problèmes de la vie.

Comme c’est devenu tellement facile pour toi de partir dès que les choses vont un peu mal, alors tu fais tes valises et tu pars. Au premier problème, même insignifiant pour la plupart des humains.

Pendant toutes ces années de voyage, il te suffisait pour faire tes valises que le débit d’eau dans la douche de l’hôtel soit un peu trop faible, que le bruit de la rue soit un peu trop fort, ou que tout simplement, tu commences à t’ennuyer un tout petit peu. Quand tu voyageais, ce genre de motifs te suffisaient pour décider de tout plaquer et de partir dans l’endroit suivant.

Alors les galères que t’imposent les gens normaux dans la vie normale aujourd’hui, n’en parlons pas. Il t’en faut très peu pour que tu te casses direct, dans les 10 minutes qui suivent. Tu t’évades. Tu prends la fuite. Et tu ne comprends pas comment les gens normaux peuvent supporter un dixième de ce qu’ils supportent sans faire la même chose que toi : claquer la porte.

Parce qu’à toi, ça semble beaucoup plus facile de partir que d’essayer de résoudre les problèmes. Tu as l’expérience du départ. Tu sais comme c’est simple de s’enfuir ailleurs. Et tu sais comme ce sera mieux après.

Du coup, ton seuil de tolérance devient beaucoup plus bas que celui de la plupart des humains. Parce que tu sais que tu peux partir, que tu n’as pas peur de partir, et que tu sais exactement comment ça se passera si tu pars. Tu l’as déjà fait tant de fois.

La malédiction du voyageur, elle t’empêche aussi de comprendre la vie et les loisirs des gens normaux.

Qu’il leur suffise pour ne pas avoir besoin de tout foutre en l’air de passer la même soirée tous les jours devant la même télé,  en regardant les mêmes émissions qui n’ont pas changé depuis 10 ans, ça te semble aussi incompréhensible que l’Hébreu ancien.
Toi, tu n’aurais pas tenu 30 minutes. Eux, ils tiennent parfois depuis 30 ans.

La malédiction du voyageur, elle t’empêche aussi de te poser.

Tu rêvais de pouvoir enfin rester au calme avec des chats, et de ranger tes valises pour la toute dernière fois après toutes ces années de vadrouille.

Mais à peine 3 semaine passées dans le même appart, tu le regrettes déjà. Tu passes déjà ton temps sur le web à comparer les destinations dans lesquelles tu aurais pu être aujourd’hui. Et tu passes déjà  tes week-ends à réorganiser ton matériel de voyage, sans pourtant n’avoir planifié aucun départ.

Tu es comme un gosse qui rêve tout seul dans sa chambre. Sauf que tu ne rêves que d’une seule chose : reprendre la route et tout plaquer.

Rester sur un canap en regardant un mur, croiser les mêmes gens tous les jours, c’est devenu pour toi le paroxysme de la déprime. Ça ne peut pas être ça, la vie. Parce que ça, pour toi, c’est au mieux une parodie de la vie.

Et plus les jours passent, plus l’évidence devient claire : tu n’es plus fait pour cette vie là.

Et la malédiction du voyageur s’est abattue sur toi à tout jamais.

Alors soit tu te forces quand même, et tu finis frustré, enfermé dans une vie malheureuse.
Soit tu pars encore une fois.

Le voyage est une drogue dure. Et la malédiction du voyageur est peut-être encore pire que celle des Pharaons.

A méditer avant de prendre son premier billet d’avion...

Cet article est tiré de "Rejoins le Mouvement", le journal quotidien des créateurs. Tu peux le recevoir gratuitement par e-mail chaque matin.