Mozart a composé plus de 600 pièces.

Stephen King a écrit plus de 60 romans et scripts de films, et plus de 200 nouvelles.

Paul McCartney a sorti 36 albums.

Barbara Cartland a publié 723 romans, et en écrivait parfois jusqu’à deux par mois. Jusqu’à 97 ans.

Mais le vrai fou, le dingue authentique, le grand malade, ça reste Picasso, classé au Livre des Records avec 13 500 peintures, 100 000 gravures, 34 000 illustrations de livres, et 300 sculptures.

Il y a peu d’artistes et de créateurs qui ont passé leur vie à imaginer l’oeuvre parfaite dans leur tête, puis qui l’ont enfin créée, et qui sont retournés se coucher pendant qu’ils entraient dans l’histoire.

Parce que le chef-d’oeuvre, c’est rarement le premier essai. En français, un premier essai on appelle ça un brouillon.

Beaucoup de gens pensent qu’ils ont besoin de passer une partie de leur vie à se préparer avant de commencer à créer.

Parce qu’ils vivent avec l’illusion que ça fera de leur première création un chef-d’oeuvre.

Ou bien ils ont juste peur de commencer avant d’être pros, ou vraiment experts.

Alors que la réalité, c’est que pour devenir pro, pour devenir l’expert qu’ils attendent d’être, il n’y a pas d’autre solution que de commencer le plus vite possible à créer. Même si leurs premiers essais sont nuls.

C’est statistique, mathématique, et incontestable : une énorme majorité de premiers essais font un énorme flop, quelque soit le domaine.

Et pourtant, la plupart des gens suivent la même stratégie, qui pourtant a été contredite plusieurs centaines de millions de fois en étant confrontée à la réalité…

La stratégie que tout le monde suit et qui ne marche pas, c’est ça :

1- Imaginer le projet le plus grand, le plus gros, et le plus cher possible.

2- Bien s’assurer qu’on ne l’a jamais fait avant, et qu’on est un parfait débutant.

3- Bien s’assurer qu’on a pris tous les risques possibles et imaginables (gros crédits, etc…).

4- Passer plusieurs mois ou plusieurs années à imaginer le truc parfait sur papier, sans jamais le confronter à la réalité ni au public. Plus c’est complexe, plus ça fait sérieux, et plus ça va nous rassurer.

5- Lancer le truc, et se mettre à prier.

Heureusement, il existe une autre méthode.

Elle est beaucoup moins glamour, mais elle marche dans 100% des cas :

1- Imaginer le projet le plus simple, le plus petit, et le moins cher possible.

2- Trouver un moyen d’en créer un nouveau chaque semaine ou chaque mois. L’idée, c’est de démarrer une pratique régulière. Pas un projet unique.

3- Bien s’assurer qu’on a pris le moins de risques possibles. Les premiers projets sont supposés échouer : ce sont juste des brouillons, des échauffements. Ça serait bête d’avoir quelque chose à y perdre (on n’investit jamais de gros sous dans du papier-brouillon).

4- Passer plusieurs mois, plusieurs années -ou mieux, toute sa vie- à créer, en essayant de devenir meilleur à chaque fois.

Quand tu auras sur la table tes 782 peintures, tes 32 albums, tes 72 formations ou tes 1200 articles, tu connaîtra le métier comme peu de gens le connaissent.

Pas parce que tu aurais attendu que l’inspiration tombe du ciel.

Pas parce que tu aurais essayé d’atteindre la perfection théorique avant de passer à la pratique.

Juste parce que tu as refait le truc un nombre suffisant de fois, que tu ne t’es pas mis en danger avec des risques inutiles, et qu’il ne s’est pas passé une seule fois où tu n’as pas essayé de t’améliorer.

Tout le monde est capable de devenir extraordinaire en suivant cette méthode.

Elle est tellement bête qu’elle est dédaignée par les gens qui se prennent pour des génies, parce qu’elle n’est pas assez complexe pour qu’ils la prennent au sérieux.

Et pourtant, il y a peu de choses qui marchent aussi bien.

Il suffit de commencer en choisissant un truc qui te plait, dans lequel tu te vois prendre du plaisir pendant tout le reste de ta vie.

Peu importe quoi.

La vidéo, l’écriture, la peinture sur escargots, la prise de parole en public, la pêche aux crevettes, la création d’applications, la course à pied sur lacs gelés, le deltaplane, l’épilation de gerbilles, la cuisine polonaise, ou l’organisation d’événements.

Et puis de commencer une pratique régulière, au lieu de commencer un projet unique.

Une pratique régulière, c’est un flux continu de petits projets dans lesquels on ne se met pas en danger.

Alors qu’un projet unique, c’est un jeu de pile ou face dans lequel on mise sa tranquillité, sa maison, et même parfois son slip.

Une fois qu’on a commencé cette pratique régulière, on applique juste une règle toute bête :

Essayer à chaque fois de s’améliorer juste un tout petit peu. D’être juste un tout petit peu meilleur que la veille, en apprenant chaque jour de ses erreurs.

C’est facile, ça coûte pas cher, il n’y a rien à risquer, et ça marche dans tous les cas.

A la seule condition de ne pas abandonner quand on en est encore à la phase brouillons.

Mais quand on prend la décision de se lancer dans cette pratique régulière pour toute sa carrière ou toute sa vie, on n’a plus envie de passer à autre chose.

Parce que c’est une pratique qu’on aime, dans laquelle on prend du plaisir tous les jours, et qu’on se voit continuer même dans 30 ans tellement elle fait partie de notre vie, et de qui on est.

Le succès n’est pas un événement qui tombe du ciel un beau jour.

C’est un process. Une continuité. Une pratique régulière dans laquelle on progresse un peu tous les jours.

Et du coup, c’est pas réservé juste aux génies.

Tout le monde en est capable.

Cet article est tiré de "Rejoins le Mouvement", le journal quotidien des créateurs. Tu peux le recevoir gratuitement par e-mail chaque matin.